J’arrive d’un long voyage de 22,000 km, fait du 20 mai au 25 juillet 2011 en « camping car ». Ce voyage, véritable pèlerinage par ses dimensions d’exploration intérieure, jumelé avec les explorations extérieures nous a conduits, Françoise et moi, jusqu’en Alaska ( Anchorage et Fairbanks en autre ).
L’idée d’écrire sur le voyage comme expérience initiatique obéit à la nécessité de rester authentique dans le témoignage sur ce même voyage à mon retour.
D’une façon générale nous répondons allègrement aux gens en parlant de grands espaces, de routes infinies, de paysages grandioses, de glaciers, d’animaux sauvages, le soleil de minuit et de quelques anecdotes. Nous hésitons davantage à ouvrir sur notre expérience intérieure et nous sommes égalem prudents à parler de ces territoires vivants et fragiles.
Et pourtant au cœur de ces voyages, c’est l’expérience de chacun qui fait sens et cette expérience est difficilement transférable. ChacunE de nous réalise le voyage à sa façon.
Si je dis que le voyage en Alaska est un mythe. Je mentionne en toute simplicité qu’il y a un écart entre l’imaginaire des lieux et l’expérience concrète qui se vit. Et pourtant aucune description extérieure ne m’aura procuré l’expérience vécue.
Il en va de même de tous les lieux visités, des personnes rencontrées et des anecdotes vécues.
Mais qu’elle est donc l’expérience qui m’accompagne et qui demeure plus difficilement transmissible? C’est l’exploration des territoires internes en relation avec les expériences externes qui se produit à chaque instant. Par exemple nous avions imaginé Yellowstone en printemps avancé ou même en été alors que nous l’avons visité en hiver tardif ou au printemps des premiers rayons et ce, même si nous y étions au tout début de juin.
Chaque jour la beauté intrinsèque des personnes et des situations nous obligeait à corriger les construits imaginaires ou à ajuster l’expérience perceptuelle pour espérer rencontrer l’essence de toute chose tout en ayant conscience de la limitation de nos conditionnements dans la présence.
Ce chemin de présence constitue certainement ce qu’il y a de plus significatif dans notre voyage. En effet c’est lui qui nous permit d’accéder à ce qu’il y a de précieux au quotidien à savoir ce monde intérieur en résonance avec celui de l’extérieur.
Pour nous aider dans cette direction chaque matin nous prenions un temps pour mobiliser notre attention vers la présence en évoquant les maîtres du passé, ainsi que ceux présents qui oeuvrent dans cette direction, nous avons fait cette activité pour nous, pour nos enfants, notre parenté, nos amis, nos compagnons de routes et de projets mais aussi pour l’humanité souffrante à travers la maladie, la mort, les calamités naturelles, comme celles provoquées par la peur et l’avidité humaine. Nous évoquions des sources ou des méta cadres d’ouverture, de découverte, de sécurité, de santé, de sérénité, de joie sans négliger un temps de gratitude envers ce qui nous arrive.
Nous avons la conviction que chaque voyageur ( coureurs des bois), que chaque migrant dans la conquête de l’ouest, que chaque appelé de la ruée vers l’or du Klondike ou d’ailleurs, que chaque voyageur de l’Alaska, de l’Inde ou de Compostelle comme ceux qui restent sur place réalise fondamentalement un voyage d’approfondissement de sa propre route.
Mots-clefs : Alaska, Compostelle, extérieur, imaginaire, Inde, intérieur, Klondike, maître, méta-cadres, mobiliser notre attention, présence, sens, Voyage, voyageur, Yellowstone